Le Jazz

Auteur: Carl Henri Volny

LE JAZZ, CULTURE, PASSION.

Le jazz représente une expression, un sentiment par lequel le musicien s’extériorise. Dans le jazz on découvre une manière propre et personnelle à nous de faire la rencontre de nos émotions cachées et inconnues.  Le jazz nous permet de nous découvrir sous des angles que jamais nous ne saurions et même ne pressentirions de toute notre existence. En faisant du jazz, nous aurions aperçu notre curiosité pour un tas de choses.  Le moindre élément de la vie devient un champ d’intérêt qui nous inspire.  Nous sommes des satellites possédant des antennes qui captent ce qui se passent autour de nous.  L’improvisateur crée sa bulle pour aller vers un monde extérieur et dégage tout ce qui est de meilleur chez lui pour communiquer avec son auditoire.  Seul lui peut ressentir de son auditoire, dans ce privilège moment cette communication qui s’installe aux regards des dieux de l’invisible.  Son corps est bien présent mais, son âme voyage à travers le corps de chacun, pour enfin toucher à l’extase de leur émotion.  Ce moment est fidèle à chacun de nous et même personnel.  On n’a pas tous le même « feeling» de ce moment.  Certains voyagent complètement dans leur pensée, d’autres se sentent en dehors de leur corps et certains ont même l’impression de changer de planète.  Au moment où l’improvisateur finit sa communication, à la seconde près, les applaudissements pleuvent.  Le retour de ce grand voyage aboutit dans un sentiment de repos, dans un lieu où le mot guerre, misère, politique, richesse, pouvoir, domination… n’existe point.  Dans cet instant, on peut voir l’amour dans les yeux et dans le cœur des gens.  Les gens se côtoient sans aucune distinction eut égard à la couleur, le sexe et la race. Le monde devient jazz. Il n’y a qu’un seul langage et tous peuvent le comprendre : Le jazz

L’élément magique reste toujours inconnu dans une improvisation.  D’un soir à l’autre, jamais on ne ressentira la même chose. Pourquoi est-il différent? Personne n’a et n’aura jamais la réponse exacte.  L’improvisateur lui-même ne peut prévoir de quelle manière il abordera son public et inversement, le public ne peut jamais savoir à quoi y attendre.  C’est un monde parfaitement inconnu dans lequel tout le monde nage.  La question qu’il faut se poser : Peut-on ou doit-on juger une improvisation?  Puisque l’on sait déjà que celle-ci va être pertinemment différente d’un moment à un autre et qu’elle découle de l’humeur de l’improvisateur, de ce qu’il a vécu même durant le jour ou justement avant qu’il ne débute son improvisation.  Tout peut lui déranger ou changer sa conception.  On peut toutefois être déçu de nos attentes et non de l’improvisateur.  Une note par mesure peut être pour lui d’une importance capitale, alors que vous vous attendiez à 16 notes par mesure.  Il ralentit vos attentes et vous met en position latente.  Ce que vous avez vécu durant la journée ne vous permet surement pas d’être au même diapason.  Il arrive que l’on ne fasse pas partie du voyage tout en restant inerte à ce sentiment.  En regardant un voisin en état euphorique, on peut se demander si on écoute la même chose.  Probablement non.  Ce qui touche cette personne davantage que vous, c’est l’interprétation qu’elle a faite de ce moment de cette communication.  L’improvisateur raconte une histoire qui est libre à chacun d’interpréter, comprendre et recevoir à sa manière.  Cette sensibilité vient chercher quelqu’un d’une manière différente parce que sa réceptivité est différente du vôtre. Beaucoup de choses peuvent affecter notre réceptivité, de telle sorte que, dans une même journée on peut avoir différentes sortes sottes d’humeur, par ce qu’on mange, boit ou respire.  Certains jours, on n’est plus réceptif, alors que d’autres jours on est à fleur de peau, tout peut nous affecter. Un simple bonjour devient une insulte, alors qu’un autre jour, l’insulte même est une affaire banale.  Et ce même jour, on peut s’apercevoir entrain de pleurer en écoutant une musique ou une improvisation.  La musique nous rappelle souvent les faits vécus.  Ce qui semble important pour l’improvisateur, ce n’est pas de connaître notre état d’âme mais, d’aller à sa rencontre pour lui proposer un voyage à travers un espace infiniment petit et inconnu. Une autre question se pose : L’improvisateur peut-il être conscient de là il nous amène?  Il n’a aucun contrôle si on résiste à ce voyage. Tout se passe dans sa tête, son thème est établi et il procède par des variations mélodiques pour entrer dans un espace qui l’amène lui aussi vers l’inconnu. À ce moment le son prend son ampleur, il devient l’élément déclencheur de nos sentiments.  Une chose est certaine, on est tous dans le même navire mais pas au même niveau.  On peut comprendre qu’à ce niveau, on parle des émotions. Chacun porte en lui sa petite vague de bonheur.   Notre compréhension du jazz joue d’une énorme importance sur notre capacité de comprendre le jazz.  On n’aime un musicien parce qu’on a le sentiment qu’il nous fait voyager d’un océan à l’autre et qu’il dérange constamment notre prévisibilité.

Vous comprendrez davantage que le mot jazz est large. Parce que le jazz en lui-même est une culture. Le jazz n’est plus simplement une forme de musique, mais aussi une manière de pensée, de vivre où d’exister. On comprend le jazz, quand on peut ressentir ce Blue note en nous. Cette forme d’ouverture qui se développe en nous. Cette manière de faire tomber les préjugés.

Revenons à l’improvisation. L’improvisateur ne cherchera pas à établir un modèle d’improvisation, mais bien un concept qui rejoint son auditoire.  C’est ainsi qu’il fait montre de son empreinte personnelle. La différence entre le modèle et le concept, c’est qu’il oublie le livre, la théorie.  Il devient unique en son genre. C’est là tout son intérêt de nous embarquer dans son jeu, son concept.  Ce que nous recherchons chez l’improvisateur en tant qu’auditoire, est bien sa spontanéité.  Il a aussi son propre langage qui le définit qu’il faut apprendre ou apprivoiser pour le comprendre.  Il apprend à travailler autour d’un thème en amenant des variations secondaires pour élargir l’idée principale.  Il prend toujours des risques, même lorsque cela n’apparait pas. En quelque sorte, l’improvisateur disserte sur un thème avec un début, un milieu et une conclusion.  C’est-à-dire le thème, le développement et la fin.  Toute la difficulté se trouve dans l’établissement du thème principal et ensuite dans la façon de raconter l’histoire.  Si l’improvisateur fait une mauvaise analyse de son thème, il risque de nous amener complètement ailleurs.  Il doit être patient dans son jeu, une trop grande précipitation pour entrer dans son développement peut tuer le thème principal.  Il dérangera le sentiment que son auditoire qui commençait à établir avec lui.  Ainsi il travaille sur la rythmique et la mélodie à la fois pour coordonner le tout.  Ce qui peut faire la différence d’une bonne improvisation dans sa stabilisation, est le côté technique et la maîtrise que peut faire l’improvisateur de son instrument.  Cette facette empêche considérablement l’instrumentiste de s’exprimer avec liberté mais aussi, de s’extérioriser de façon complète et absolue. Le manque de technique exprime un manque de vocabulaire pour s’exprimer avec aisance. Il manquera un peu d’éloquence dans son jeu. Un bon improvisateur ne doit pas se préoccuper de sa technique, celle-ci est naturelle et évidente. Le musicien ne peut construire un bon discours s’il faut chercher ses mots, ou s’il doit se chercher dans ses propres phrases. Beaucoup de musiciens souffrent de cette frustration.  Le manque de technique ne devrait pas nécessairement nuire à votre langage, si vous prenez le temps d’établir simplement vos phrases. Ne cherchez pas à être un virtuose, restez vous-même. La beauté est dans l’expression. Ce qui fait la différence entre les improvisateurs est leur empreinte personnelle, c’est-à-dire leur façon d’exposer leur sujet, c’est la couleur, le son mais aussi, la maîtrise qu’ils ont de leur instrument. Si on manque un peu de technique, il faut savoir compenser dans les expressions, et les couleurs. Si l’improvisateur repose seulement son jeu sur la technique, il peut être dépourvu de tout charme. La technique permet au musicien d’avoir une grande aisance de son instrument, qui est un fait important.  Le musicien se doit de composer sa technique avec des nuances. La couleur et le son viennent tout aussi de la technique. L’autre phase de l’improvisation est la maîtrise du musicien de l’harmonie, sa capacité extraordinaire de faire une bonne analyse de l’harmonie musicale. Celle-ci en elle-même, représente la clé, le point fort de toute improvisation.  Le musicien est en mesure de faire un développement rythmique diversifié pour enlever la monotonie de son jeu, il se doit d’ajuster sa technique avec sa compréhension du rythme et de l’harmonie. Celle-ci est le verbe tandis que la technique représente les mots qui définissent le verbe. La maîtrise du verbe est d’autant importante qu’il peut nous empêcher de parler, de bien communiquer ses idées. John Coltrane a dit « Si la musique n’arrive pas à s’exprimer elle-même, les notes n’ont aucune importance » Quand on a un verbe court, le jeu devient vite stagnant et ennuyeux.

L’improvisation est un long processus qui s’apprend, on ne s’impose pas sur cette règle, cette démarche demande du temps pour l’apprivoiser. C’est une forme de discours qui possède des règles dans son application. Il ne suffit pas de considérer une progression d’accords pour prétendre improviser, il est plutôt question de savoir exprimer une idée jusqu’au bout qui représente non seulement une image, mais qui rejoint l’auditoire, le cœur des gens. On comprend fort bien des grands improvisateurs comme Miles Davis, Wes Montgomery, John Coltrane, Dizzy Gillespie, Stan Getz, Louis Armstrong, Charlie Parker, Duke Ellington, j’en passe.  Les grands improvisateurs utilisent souvent l’improvisation sous forme de questions-réponses, évidemment ils établissent leur thème ou discours avec une grande logique, évitant d’employer trop de mots pour ne dire que peu. D’où l’importance d’établir et de suivre une bonne démarche. Certaines gens croient trop facilement que l’improvisateur est excellent parce qu’il peut jouer vite en effectuant plusieurs notes dans une mesure, c’est une erreur fondamentale que de croire à cela. Cela peut être même une façon de camoufler son jeu par un manque du verbe. Il en est de même pour des gens qui parlent beaucoup pour ne rien dire. L’improvisateur ne doit pas chercher à flatter son auditoire de façon dérisoire, il doit faire montre d’un grand respect à son égard.  Sa préparation doit être remarquable, sa crédibilité est en jeu.

L’APPORT DE L’OREILLE

La compréhension de l’oreille dans la démarche intellectuelle de l’improvisation est fondamentale. L’oreille joue un rôle prépondérant dans la vision et l’anticipation de ce qu’on doit faire. L’oreille anticipe les tensions des accords, les nuances, somme toute, elle participe activement à l’organisation du jeu de l’improvisateur. Vous comprenez, je veux parler de l’oreille interne qui donne cette capacité d’entendement intérieur, celle qui devance les doigts et qui prépare la route. Cela prend du temps pour développer cette oreille interne et avoir le temps de réagir à ce qu’elle nous propose. D’où, l’importance de travailler constamment notre oreille externe en chantant nos phrases. Une oreille externe pauvre, ne peut nullement nous aider à développer une bonne oreille interne. Tout ce qu’on ne peut chanter devient difficile à jouer. Le rapport triangulaire entre l’oreille, la technique et l’harmonie est essentiel dans l’improvisation.

Le jazz est une culture qui ne cesse de se développer avec le temps. Le fardeau que porte le musicien jazz, est qu’il doit constamment évoluer avec le temps. La stagnation devient son pire ennemi. Il ne peut emprunter ni la couleur, ni le langage d’un autre pour s’extérioriser. Il le fera seulement dans l’apprentissage du langage, certainement, mais après quoi, il se doit de trouver son propre ADN. Ce qui passionne dans l’improvisation, est que la source est unique. Elle n’appartient à celui qui s’y inspire. Il n’y a pas d’interférence, ni d’intermédiaire, il est le maître de sa parole. L’improvisateur s’inspire d’un fait, à partir duquel, il crée un tableau qu’il est seul à voir dans sa tête. Il ne fait que nous dire les couleurs qu’il voit et, comment est le paysage. Il rentre dans sa bulle pour nous décrire une histoire pour effectivement nous amener avec dans un formidable voyage.

JAZZ ET CONNAISSANCES

Le jazz est une forme de musique qui s’apprend comme bien d’autres formes de musique. Beaucoup des gens pensent quand il s’agit du jazz, on a qu’à improviser et ça y est.  Le jazz demande des connaissances parfaites pour maîtriser cet art. Je ne vous apprendrai pas que l’improvisation en elle-même est une démarche très complexe. J’entends par improvisation non seulement les connaissances de l’harmonie et du rythme mais cette quête de spiritualité musicale qui dépasse certainement le niveau normal de la compréhension, mais qui fait place à la virtuosité et du génie du musicien.

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